Comment marche le cerveau de votre ado ?

Comment marche le cerveau de votre ado ?

Les cours reprennent bientôt ! Pour aider votre ado à mieux apprendre, proposez-lui  ces 12 stratégies du magazine Phosphore. Simples à mettre en pratique, elles tiennent compte des découvertes des neuroscientifiques sur le fonctionnement du cerveau et permettent de faire le point sur quelques idées reçues.

Une tâche à la fois ! Les réseaux de neurones fonctionnent chacun leur tour

Ce que révèlent les neurosciences :
Les neurones, qui véhiculent les informations dans le cerveau, fonctionnent en réseaux. Concentrer ton attention sur quelque chose déclenche un influx nerveux vers un réseau spécifique. Les autres signaux passent alors au second plan, ce qui permet un traitement optimal de la première info. Désolé pour le mythe mais non, aucun cerveau (même le tien) n’est “multitâche” !

1. Pour gagner du temps, tu lis en diagonale ?
Super pour te donner une idée générale de ce que raconte un texte… Mais insuffisant si tu dois repérer les infos utiles pour analyser un texte littéraire, comprendre une consigne ou repérer des fautes d’orthographe dans ta copie !

  • La stratégie : Utilise la technique du tamis.
    Tu veux rendre un devoir impeccable ? Passe le texte dans des filtres successifs en focalisant ton attention sur la concordance des temps, puis les accords de participe passé, les répétitions… Pareil pour un texte à analyser : repère les figures de style, puis les descriptions de personnages…

2. Impossible de rester attentif à tes devoirs sans regarder ton portable ou le Phosphore qui traîne sur ton bureau ? Il est tout à fait normal de décrocher de temps en temps. Mais comme chaque période d’inattention va créer un “blanc” dans les infos traitées par ton cerveau, il vaut mieux décrocher moins longtemps, plus souvent et surtout, au bon moment !

  • La stratégie : Concentre-toi entièrement sur chaque tâche, le temps de la réaliser, avant de passer à la suivante. Si possible sur un espace de travail dégagé, car une surface encombrée oblige ton cerveau à traiter les unes après les autres toutes ces infos visuelles. Même si chacune ne lui prend que quelques microsecondes, tu perds en efficacité.

Fixe-toi des objectifs précis, ça stimule l’hormone du plaisir

Ce que révèlent les neurosciences :
Il existe des objectifs larges (je veux faire du jogging) et des plus précis (je vais courir une demi-heure par jour). Des études montrent que le cerveau se mobilise en priorité sur les seconds. Et qu’il privilégie toujours celui qui va libérer de l’endorphine, l’hormone du plaisir.

3. Cette année, promis, tu cartonnes au lycée ?
Tu connais l’expression : “Mettre la barre trop haut” ? Face à un objectif vague ou démesuré, ton cerveau va se trouver décontenancé. Tu ne sauras pas par quel bout commencer et tu te décourageras vite.

  • La stratégie : Plutôt que de te fixer l’objectif de travailler cette année, repère les matières où tu veux progresser. Fixe-toi comme objectif, par exemple, de plus participer en anglais, ou de faire systématiquement une fiche après chaque cours d’histoire. Ton cerveau te dira merci.

4. Cette année, c’est sûr, tu exploses ta moyenne en maths ?
Belle résolution, mais pas facile à tenir si les maths ont toujours été ta bête noire. Pour mobiliser ton cerveau sur la réalisation de cet objectif, tu dois lui prouver que tu peux y prendre du plaisir. Si, si, c’est possible !

  • La stratégie : Pourquoi c’est important pour toi de progresser en maths ? Pour augmenter tes chances de poursuivre les études que tu vises, pour impressionner Alex qui tutoie les sommets en maths ? Visualise le résultat positif que tu veux atteindre. La sécrétion d’endorphine ainsi produite va motiver tes neurones à s’y coller !

“Comment ton cerveau apprend : 12 stratégies pour mieux travailler au lycée”, Phosphore n°449, 1er septembre 2018. Texte : Anne-Sophie Chilard. Photos : Aldo Sperber. Photomontages : Cécile Chaumet.

Détends-toi, car les hormones de stress bloquent l’accès au cortex

Ce que révèlent les neurosciences :
Le cerveau limbique (qui gère nos émotions) communique en permanence avec le cortex (la partie du cerveau qui stocke les connaissances)… Sauf en cas de gros stress : pour se concentrer sur notre survie, le cerveau limbique libère des hormones (cortisol et noradrénaline) qui bloquent les échanges avec le cortex et le rappel des infos stockées.

5. Devant le sujet de chimie, c’est le trou noir ?
Impossible de retrouver la moindre formule alors qu’hier tu connaissais ton cours par cœur ! Pour débloquer l’accès à tes connaissances, tu dois faire baisser le taux d’hormones de stress dans ton cerveau.

  • La stratégie : Commence par les questions auxquelles tu sais répondre sans hésiter (même dans le désordre), note sur un brouillon des choses (même anecdotiques) que tu sais sur le sujet ou répète un petit rituel (ranger ta trousse, compter tes feuilles de brouillon, etc.). Objectif : envoyer rapidement un message positif à ton cerveau sur ta capacité à réussir quelque chose. Le taux d’hormones de stress diminue : la connexion est rétablie avec ton cortex. Youpi, tu peux récupérer les infos apprises hier soir !

6. Nuits agitées, anxiété, coup de blues ?
Si le stress temporaire peut avoir du bon (décupler tes forces pour attraper le bus), le stress chronique (celui qui s’installe) maintient une quantité de cortisol trop élevée dans ton cerveau. Résultat : tes réserves d’énergie s’épuisent.

  • La stratégie : Essaie la “cohérence cardiaque”. Les neuroscientifiques ont prouvé que la fréquence des battements du cœur joue sur la sécrétion des hormones de stress. Ils ont mis au point une technique pour la contrôler : inspire par le nez en gonflant le ventre et expire par la bouche pendant 5 minutes. C’est la méthode 365 : 3 fois par jour, 6 respirations par minute, pendant 5 minutes. Et ça marche (on a essayé) !

Répète, pour fixer les infos dans ta mémoire à long terme

Ce que révèlent les neurosciences : La mémoire sollicitée pour retenir quelque chose de provisoire (par exemple, un numéro de page le temps de sortir le livre de ton sac), est appelée la mémoire de travail. Elle ne peut stocker que 9 infos maximum à la fois ! Puis elle les efface ou les transfère vers la mémoire à long terme. Celles qui peuvent être associées à un circuit de neurones déjà emprunté (ce que l’on sait déjà) seront gardées en priorité.

7. Relire les cours de la journée le soir même, tu détestes ?
Dommage… La mémoire de travail fonctionnant par association, elle stocke plus facilement un message entendu deux fois dans la même journée. Si tu attends la veille du cours prochain pour relire la leçon, elle la considérera comme une nouvelle info… et risque de l’effacer illico.

  • La stratégie : Pour faciliter la mémorisation de tes cours, suis la règle “1 jour, 1 semaine, 1 mois” : une info traitée deux fois dans la même journée sera “gardée” une semaine dans ta mémoire, puis un mois si tu la réactives une semaine après et ainsi de suite… Pratique !

8. Mémoriser toutes les infos que tu reçois à la seconde te semble impossible ?
OK, la capacité de stockage de ta mémoire de travail est limitée, quel que soit l’âge ou l’entraînement… Par contre, tu peux la “tromper”, en rassemblant des informations pour n’en former qu’une : 1789 se retient mieux que 1-7-8-9. En neurosciences, cette technique s’appelle le “chunk” (qui veut dire paquet en anglais).

  • La stratégie : Faire des paquets ! Sur tes notes, souligne, entoure, écris de la même couleur ce qui va ensemble. Tu dois retenir le nom des pays d’Amérique centrale (Panama, Honduras, Guatemala, Costa Rica, Salvador, Belize et Nicaragua) ? Forme une phrase avec leurs initiales : Petit Hibou, Gros Caïman et Sacré Babouin Noir.

Connecte-toi aux autres, ça libère des hormones apaisantes

Ce que révèlent les neurosciences :
Face à un comportement empathique et chaleureux, le cerveau sécrète de la dopamine, des endorphines et de la sérotonine. Trois hormones qui favorisent l’apaisement, la motivation, l’attention, le bien-être et la créativité.

9. Travailler en groupe, OK, mais avec qui ?
C’est l’éternel dilemme : te mettre avec les têtes de classe pour bénéficier de leurs lumières ou avec tes potes, au risque de plus ricaner que bosser ? Les neurosciences te répondent : la deuxième solution !

  • La stratégie : Entoure-toi des personnes avec qui tu te sens bien, en confiance. Tu seras plus concentré(e), plus créatif(ve), plus tranquille pour demander une troisième fois l’explication d’une notion que tu n’as pas comprise. Et plus à l’aise pour leur demander de se concentrer !

10. Pas étonnant que tu sois nul(le) en histoire-géo : tu détestes le prof ?
On a tous croisé des profs moins sympas que d’autres… Mais pas question que ça brise ton élan pour progresser dans leur matière !

  • La stratégie : Essaie de trouver au moins un élément positif chez lui. Si, si, il y en a forcément un ! Sa voix est insupportable, mais il explique plutôt bien. Son irascibilité t’agace… mais il note plutôt juste. Bref, porter un regard plus bienveillant sur un prof peut atténuer ton blocage.

Pense positif : les hormones du plaisir boostent ta confiance en toi !

Ce que révèlent les neurosciences :
Elles montrent que les hormones du plaisir (sérotonine, ocytocine) libérées quand on vit un moment heureux favorisent la confiance en soi. Et des images du cerveau ont montré que le souvenir d’un bon moment active les mêmes zones du cerveau que lorsqu’on vit l’événement lui-même ! Tu vois ce qui te reste à faire ?

11. Au moment de t’endormir, les pensées négatives se bousculent dans ta tête ?
Tu ressasses ta déception face à ta note de français, tu redoutes que le prof de sport vous fasse enchaîner les tours de terrain sous la pluie demain matin… Très mauvais pour te mettre dans de bonnes conditions pour la suite ! Vite, de la sérotonine !

  • La stratégie : Prends quelques respirations lentes et profondes, puis liste mentalement les moments agréables (même les plus futiles) qui ont marqué ta journée : le prof de SES a reporté le contrôle, Alex t’a souri en SVT…

12. Tu sens ta confiance en toi s’éroder ?
Une sale note, un DM à rendre dans trois jours, un cours de philo où tu n’as rien compris… Tu te sens de plus en plus découragé(e). Pour repartir pour un tour, il faut que tu bombardes ton cerveau de messages positifs.

  • La stratégie : Pose un carnet sur ta table de nuit et inscris-y chaque jour l’un de tes succès. Si, si, tu vas en trouver un : tu as entendu ton réveil, tu as rendu ton DM de physique à l’heure (cette fois-ci)… Tu vois ? Et ce n’est que le début…

“Comment ton cerveau apprend : 12 stratégies pour mieux travailler au lycée”, Phosphore n°449, 1er septembre 2018. Texte : Anne-Sophie Chilard. Photos : Aldo Sperber. Photomontages : Cécile Chaumet.

En coulisses : la journaliste Anne-Sophie Chilard a rencontré Éric Gaspar, professeur de mathématiques. Passionné de neurosciences, il a créé un programme, Neurosup, pour former des professeurs à des méthodes pédagogiques adaptées des découvertes en neurosciences. Il publie en septembre 2018 un livre de conseils pour les lycéens :  “Explose ton score au lycée”, éd. Belin, 12,40 €.

“Comment ton cerveau apprend : 12 stratégies pour mieux travailler au lycée”, Phosphore n°449, 1er septembre 2018. Texte :  Anne-Sophie Chilard. Photos : Aldo Sperber. Photomontages : Cécile Chaumet.

Couverture du magazine Phosphore, n°449, du 1er septembre 2018