Détox digitale en famille : une bonne idée ?

Détox digitale en famille : une bonne idée ?

Vous en avez assez que votre ado passe des heures scotché à son smartphone ! Mais combien de temps le reste de la famille consacre-t-il aux écrans ? À la réflexion… beaucoup trop. Ces conseils, et l’article à télécharger du magazine Phosphore, vous aideront à déconnecter en douceur.

« Les enfants agissent par mimétisme… »

Votre ado n’est pas le seul à passer autant de temps devant un écran !  64 % des 11-18 ans ont un appareil numérique en permanence avec eux et 35 % d’entre eux se réveillent pour le consulter selon l’étude 2019 sur les pratiques numériques des 11-18 ans, réalisée par l’association Génération numérique. Si vous en avez assez de le voir scotché à son smartphone, et que vous voulez que cela change… commencez par vous interroger sur vos pratiques. “Souvent, les parents pointent les excès de leurs enfants, sans se rendre compte qu’ils sont eux-mêmes tout le temps sur leur portable. Les enfants agissent par mimétisme…”, explique Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des usages numériques. “Il est difficile de demander à un ado de réduire son temps d’écran si on n’est pas capable de le faire aussi. On est obligé d’être exemplaire pour être crédible ! Le chemin doit être familial”, ajoute Cyril di Palma, délégué général de Génération numérique.

Commencer une “détox” digitale en famille ?

Alors, arrêter pendant plusieurs jours d’utiliser son portable, tous ensemble, est-ce une bonne idée ? “Certains établissements scolaires proposent des semaines sans écran. L’objectif, c’est de donner une alerte”, dit Cyril di Palma. De prendre conscience de ses usages, aussi. Cependant, le délégué général de Génération numérique n’est “pas favorable à un arrêt brutal. Un ado est en contact avec ses camarades via son portable. Pourquoi couper cette relation ? C’est plus une question de compromis et de modération”.

Même son de cloche du côté de Vanessa Lalo. Faire une “détox digitale”, se lancer dans un “arrêt” de plusieurs jours, “c’est trop considérer les écrans comme une drogue, avec une nécessité de sevrage. Cela peut être une réponse excessive”. La psychologue compare cette “détox” à un régime : après plusieurs jours de frustration, on va se jeter sur les aliments gras et sucrés… Cependant, on peut toujours “arrêter quelques heures, de façon ludique. Par exemple, on met un panier sur la table avec tous les smartphones de la famille, et le premier qui reprend le sien a perdu” !

Modifier ses usages en douceur

Sans aller jusqu’à la cure sans portable, on peut remettre à plat la consommation d’écrans de toute la famille, en prenant bien conscience des usages éventuellement excessifs. Par exemple, certains smartphones proposent désormais de calculer le “temps d’écran”. Et des applis, comme Instagram, calculent également le temps de connexion. “Cela permet de visualiser le temps qui passe et d’en avoir plus conscience”, dit Vanessa Lalo. On peut aussi parler ensemble du temps qu’on passe sur les smartphones, de ce qu’on y fait, pourquoi… Ensuite, on peut “faire un pacte en famille et se donner chaque jour des plages sans écran”, suggère la psychologue.

“En cas d’usage excessif, un cadrage clair sera efficace sur le long terme. Il s’agit de mettre en place des règles propres à chaque famille, au même titre que l’on donne des horaires pour rentrer à la maison. Il est important de prendre conscience que le smartphone est un outil de plaisir et de divertissement, mais qu’il y a un temps pour tout”, conseille Cyril di Palma. Actuellement, selon l’étude de Génération numérique, 61 % des 11-18 ans décident de leurs périodes et de la durée de connexion.

En pratique, on peut donc par exemple décider que tout le monde laisse son portable dans une autre pièce pendant le repas (ce qui oblige aussi les parents à ne pas jeter un œil à leurs notifications ou lire des mails pendant le dîner) ! Ou que chacun lâche son téléphone au moins une heure avant d’aller dormir. “Tout cela peut se mettre en place si on discute ensemble : en termes de consommation d’écran, est-ce que le temps pose problème ? En quoi et pourquoi ?”, explique Cyril di Palma.

Consommer moins, mais mieux

Dans le cadre de ces nouvelles bonnes habitudes, on peut chercher à consommer moins d’écrans, mais mieux. “Il faut aussi se demander ce que c’est que cette consommation d’écran. Une heure de réseaux sociaux, ce n’est pas la même chose qu’une heure de jeux vidéo, une heure sur YouTube ou une heure sur un site d’aide aux devoirs ! Il ne faut pas tout mettre dans le même sac”, affirme Cyril di Palma. L’écran n’est pas dangereux en soi pour des adolescents. Tout dépend de ce qu’on y fait et du temps qu’on y passe… Est-ce que votre ado se divertit ? S’informe ? Apprend des choses ? Communique ? Erre sans but sur le web ? Fais défiler indéfiniment des photos sur Instagram ? Pour pouvoir établir des règles qui leur semblent justes, les parents doivent comprendre ce qui se passe sur les écrans et à quel moment. Et notamment sur le smartphone… qui est dans la poche et non pas au milieu du salon comme la télévision !

Selon Vanessa Lalo, il faut aussi “revaloriser l’ennui. On a tendance à chercher à remplir cet ennui de nos enfants. Mais c’est un moment pour rêver, se projeter, créer des histoires…” Or, ados comme adultes ont tendance à scroller frénétiquement dans chaque petit temps de “vide”… Ces instants peuvent simplement ne pas être remplis, ni par un écran, ni par autre chose. Ou, à d’autres moments, être occupés par d’autres activités. N’hésitez pas à en proposer à vos ados ! Au final, il s’agit, comme le conclut la psychologue, de “trouver un équilibre de manière simple”.

Lucie de la Héronnière

Ados : les conseils de Phosphore pour réussir une détox digitale (sans mourir)

Ces conseils, extraits du magazine Phosphore du 1er mai 2019, aideront votre ado à relever le défi (rien ne vous empêche de vous en inspirer !)

Téléchargez la fiche “Mais comment faire une détox digitale ? (sans mourir)”

“Mais comment faire une détox digitale ?”, Phosphore n°465, 1er mai 2019. Illustrations : Camille Besse.

 

Voir le sommaire du magazine Phosphore n°465, 1er mai 2019