Lire avec son enfant, pourquoi c’est important ?

Lire avec son enfant, pourquoi c’est important ?

Aucun doute : lire des histoires à son enfant, c’est indispensable pour son développement ! Mais savez-vous ce que crée cette lecture partagée ? Pomme d’Api vous propose de découvrir les bienfaits de ce moment complice et ô combien précieux de la relation parent-enfant.

Se rapprocher autour d’une histoire

Leurs petites têtes reposent chacune sur une épaule de leur papa. La gauche pour Antonin (4 ans), la droite pour Jules (3 ans). Chaque soir, installés sur le lit parental, ils viennent se pelotonner contre leur père – dont le téléphone portable est resté dans le salon – pour profiter de l’histoire du soir.

Formatrice en littérature jeunesse, auteure de Ces livres qui nous font grandir (Didier Jeunesse), Joëlle Turin est formelle : “Rien ne rapproche autant un parent de son enfant que la lecture d’une histoire.” Le temps du livre, c’est un “cercle magique”, affirme-t-elle, qui englobe enfant et parent.

“Lire avec son enfant, pourquoi c'est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d'Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.Psychologue, psychanalyste et formatrice ACCES (Actions  Culturelles contre les Exclusions et les Ségrégations), Nathalie Virnot confirme : “La lecture constitue un temps suspendu, une parenthèse dans laquelle on fait une place toute particulière à l’enfant. C’est un temps où on reconnaît ses choix : il choisit l’histoire, décide de revenir en arrière, de s’arrêter sur une image…” Mots, expressions, mouvements : via la lecture, le parent saisit de nouvelles facettes de son petit. Il en est de même pour l’enfant qui découvre son parent-lecteur “animé par de nouvelles émotions, de nouveaux sentiments”, analyse Nathalie Virnot.

Lire ensemble, c’est aussi se créer une culture familiale commune et vivre des expériences qui, selon les mots du psychanalyste Evelio Cabrejo Parra, « resteront gravées jusqu’à la fin de ses jours dans son “livre psychique” ».

“Lire avec son enfant, pourquoi c'est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d'Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.

S’identifier, se projeter dans des personnages attachants

Camille (3 ans) adore les histoires de Lionel le lion. Marceau (5 ans), son grand frère, raffole des histoires de Petit Poilu. “Pour un enfant, par rapport aux personnages, il y a deux modes d’approche, résume Joëlle Turin : l’identification (l’enfant va aller vers celui qui lui ressemble) et la projection (l’enfant va aller vers celui qu’il voudrait être).”

Mais comment expliquer l’attrait des petits pour des personnages d’animaux ? Joëlle Turin rappelle que, dans la vie, spontanément, l’enfant a tendance à aller vers les bêtes. Elle nous invite à regarder le personnage de Babar : “Il se déplace un peu comme un bébé avec ses couches. D’ailleurs, la plupart des personnages animaux sont des bébés. Il existe donc une proximité morphologique, mais aussi une proximité dans la découverte du monde.” Le recours à l’animal permet également à l’enfant de s’identifier, tout en conservant une certaine distance. “L’animal est comme un masque derrière lequel l’enfant peut choisir de se voir… ou non”, poursuit Joëlle Turin. “Lire avec son enfant, pourquoi c'est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d'Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.

Quant aux histoires qui seraient “pour filles” ou “pour garçons”, Nathalie Virnot balaie le débat d’un revers de main. Un enfant peut s’identifier à un personnage quel que soit son sexe : “Considérer qu’il existe des livres pour filles ou pour garçons, c’est fermer tout un pan d’imaginaire au petit. Un enfant a le droit et a besoin de rêver à ce qui n’est pas sa réalité  !”

Décrypter les images avant de savoir lire

“Attends ! Va pas trop vite, j’ai pas eu le temps de regarder les images !” Quel parent n’a pas entendu cette supplique alors qu’il s’apprêtait à tourner la page d’un livre ? Et pour cause : chez les 0-6 ans, avant l’apprentissage de la lecture, l’illustration permet l’accès direct à l’histoire. D’autant que, comme le note Joëlle Turin, “l’illustration est un langage en soi. Il existe un jeu entre le texte et l’image. L’un ne dit pas la même chose que l’autre.” D’ailleurs, souligne Nathalie Virnot, “le petit apprend à décrypter le monde par des détails : la couleur du ciel, le visage de ses parents…” Le regard se globalise seulement un peu plus tard.

Avec les illustrations, l’enfant peut même prendre l’adulte par la main et se sentir valorisé ; certes, il ne sait pas lire, mais il voit tous ces petits détails qui fourmillent au gré des pages et échappent à notre regard de “grand”. “Je suis toujours émerveillée par la capacité d’anticipation des enfants, rapporte la psychologue. Même s’ils n’ont jamais lu le livre auparavant, ils sont capables, grâce à ces indices visuels, de vous dire ce qui va se passer à la page suivante.” De quoi être sacrément fier de soi ! Et puis, en navigant d’un style graphique à l’autre, en identifiant “la patte” de l’illustrateur, c’est aussi leur goût artistique qui s’affine.

“Lire avec son enfant, pourquoi c'est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d'Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.

Lire… et jouer !

Partager une histoire est un jeu comme un autre ! “On découvre les capacités de l’enfant, ce qui l’anime. La lecture est un moment de jubilation et de joie !”, affirme Nathalie Virnot. D’ailleurs, si  on y réfléchit bien, le livre repose sur le même fonctionnement qu’un jeu : “La première chose que nous propose une histoire, c’est d’en deviner la suite, rappelle Joëlle Turin. Anticiper, imaginer, c’est finalement jouer aux devinettes !”

Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux livres jeunesse mettent en scène des jeux pratiqués par les enfants eux-mêmes : le cache-cache, le loup, le “faire semblant”… Joëlle Turin poursuit : “D’autres reposent sur le jeu d’empilement, la notion de liste ou bien, dans la forme, empruntent le rythme de la comptine.” Bref, aucune raison d’enfermer la lecture dans le registre des “activités sérieuses”, au contraire : “Les enfants rentrent beaucoup plus facilement dans les formes ludiques. La meilleure façon d’apprendre, c’est de jouer.”

“Lire avec son enfant, pourquoi c'est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d'Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.

Explorer le monde et construire ses défenses

Plonger dans un livre, pour un enfant, c’est explorer le monde tout en se sentant sécurisé. D’abord par la présence du parent : “Cette proximité physique le contient”, analyse Nathalie Virnot. Le tout-petit se sent également “contenu” par la structure même de l’ouvrage : “On ouvre, l’histoire est dedans. On ferme, l’histoire reste dedans”, résume la psychologue.

Joëlle Turin voit aussi dans la lecture un bon moyen de construire ses défenses : “À travers l’imaginaire du livre, le petit vit des choses. Les émotions sont aussi fortes que dans la vie, mais il n’y a pas de traumatismes. L’imaginaire recoupe des expériences de la réalité, comme la séparation ou l’absence, mais d’une autre façon.” À l’adulte de capter les expressions, les mots de l’enfant pour poursuivre le dialogue autour de l’histoire.

Et puis s’immerger dans une histoire, c’est aussi découvrir de nouvelles manières de penser, de nouvelles façons de vivre qui sont autant de possibilités, pour lui, d’élargir son horizon. Quel plus beau passeport pour faire ses premiers pas dans la vie ?

“Lire avec son enfant, pourquoi c’est important”, supplément pour les parents du magazine Pomme d’Api n°647, janvier 2020. Texte : Joséphine Lebard. Illustrations : Sophie Bouxom.

Couverture du magazine Pomme d'Api et son supplément pour les parents, n°647, janvier 2020

Pour plus d’informations sur l’éducation des 3-7 ans, abonnez votre enfant à Pomme d’Api