Illustration : Pauline Duhamel, Les Belles Histoires n°543. “Le fils du grand petit roi”, écrite par Marie-Hélène Delval.
© Illustration : Pauline Duhamel, Les Belles Histoires n°543. “Le fils du grand petit roi”, écrite par Marie-Hélène Delval.

Lire des contes aux enfants : bonne ou mauvaise idée ?

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Les contes sont racontés aux enfants depuis la nuit des temps, mais certains parents se posent aujourd’hui beaucoup de questions sur ces histoires aux personnages très classiques et pas toujours sympathiques. Alors faut-il toujours lire des contes aux enfants ? Florence Dutruc-Rosset, rédactrice en chef de Mes Premières Belles Histoires et Les Belles Histoires, a répondu à nos questions.

Est-ce utile de lire des contes aux enfants ?

Oui, bien sûr. Les contes nourrissent les enfants de bien des façons, ils sont très riches. La lecture d’un conte, avec un parent ou un autre adulte, leur permet de vivre un moment complice intense, dans le plaisir partagé de la découverte d’une histoire. C’est l’occasion de ressentir ensemble les mêmes émotions, les mêmes frissons… Une histoire permet une connexion de cœur à cœur, rarement égalée.

Mais ce n’est pas tout ! Les contes parlent de notre vie humaine, de nos expériences, de nos difficultés et de nos ressources. Ils sont universels grâce à leur langage symbolique aux images et aux archétypes puissants, comme la sorcière, la fée, le roi, la princesse…

Les contes parlent à l’âme et tendent un miroir aux enfants comme aux adultes. Chacun peut y reconnaître ses émotions, ses aspirations profondes… Les contes montrent un chemin initiatique pour grandir, sortir des épreuves que l’on rencontre, réussir à être soi et se sentir bien dans sa vie. Et même si les enfants ne sont pas forcément conscients de tout cela, les contes les nourrissent profondément, soyez-en sûrs !

Les contes ne sont-ils pas trop datés avec ces princesses parfaites et ces princes courageux ?

Pris au premier degré, les princes et les princesses sont effectivement très stéréotypés. Les princesses sont belles, douces, gentilles et attendent patiemment un prince sans sourciller. Quant aux princes, ils doivent braver toutes les épreuves, quitte à y laisser leur vie, pour accéder à l’amour. Bien sûr que ce schéma est affligeant pour les garçons comme pour les filles !

Mais en réalité, les archétypes sont symboliques. Il ne faut pas voir le prince et la princesse comme des personnages séparés, ce sont tous deux des aspects de nous-même. Le masculin et le féminin sont des énergies présentes dans chaque être humain, qu’il soit homme ou femme.

Les contes nous guident sur notre chemin intérieur : la rencontre de nos différents aspects, l’harmonie à retrouver en soi… Le mariage du prince et de la princesse, à la fin de beaucoup de contes, est en fait notre mariage intérieur. L’important est de se retrouver et s’aimer soi-même… pour pouvoir aimer l’autre : voilà le beau message des contes !

Vu sous cet angle, ces personnages sont plus sympathiques, non ?

Dans les contes, il y a des sorcières et des ogres qui peuvent faire peur aux enfants. Faut-il aussi leur lire ces histoires, au risque qu’ils fassent des cauchemars ?

Les histoires qui font peur sont certainement parmi les plus utiles ! Pourquoi ? Parce que les archétypes de méchants représentent nos émotions douloureuses, tout ce qui nous fait souffrir dans notre vie quotidienne et dont nous pouvons difficilement parler.

Ils permettent aux enfants de mettre des images et des mots sur ce qui est pesant, confus, indicible. Une sorcière peut représenter une maîtresse trop sévère (et la crainte qu’elle génère), un ogre, un camarade agressif… Le conte est comme un exutoire. Un cauchemar n’est pas négatif, au contraire, il permet à l’enfant de sortir les émotions refoulées de son inconscient.

Et s’il raconte son cauchemar à ses parents le lendemain, c’est encore mieux. Cela signifie que les émotions de peur peuvent être dites, donc acceptées. Elles font déjà beaucoup moins peur !

Bien sûr, les images qui sont données aux enfants doivent être adaptées à leur âge, il ne s’agit pas de leur raconter n’importe quoi ! C’est pourquoi nous avons des magazines d’histoires par tranches d’âges : Mes Premières Belles Histoires s’adressent aux enfants de 2 à 5 ans et Les Belles Histoires aux enfants de 4 à 7 ans.

De plus, il est fondamental que le héros réussisse à vaincre la sorcière ou l’ogre, parce que les enfants doivent être certains qu’ils sont plus forts que leurs émotions ou leurs difficultés. Les contes sont de formidables boosters de confiance en soi et en la vie !

Propos de Florence Dutruc-Rosset recueillis par Emilie Coulette pour Bayam.

Florence Dutruc-Rosset est rédactrice en chef des magazines Mes Premières Belles Histoires et Les Belles Histoires. Elle est aussi autrice et a écrit une trentaine de livres jeunesse dont 15 romans de la collection “C’est la vie Lulu”, publiés aux éditions Bayard Jeunesse. Elle a été formée à “La voix des contes”.

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Cet article a été initialement publié sur le site de l’application Bayam.