L'histoire de Clémence, 17 ans : “J'ai fait un coma éthylique”. Phosphore, n°469, juillet 2019. Texte : Christine Lamiable. Illustrations : Lucile Gomez.
© L'histoire de Clémence, 17 ans : “J'ai fait un coma éthylique”. Phosphore, n°469, juillet 2019. Texte : Christine Lamiable. Illustrations : Lucile Gomez.

« J’ai fait un coma éthylique »

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À l’approche des grandes vacances, et de ses rituelles fêtes entre amis, la rédaction de Phosphore a choisi de publier l’histoire de Clémence, 17 ans, victime d’un coma éthylique. Disponible en téléchargement, ce témoignage peut être l’occasion d’une discussion avec votre ado sur les risques liés à la consommation d’alcool. Ces explications et conseils de spécialistes vous aideront à l’informer et à fixer des règles adaptées à son âge.

 

Comment parler des risques liés à la consommation d’alcool ?

À 17 ans, plus de 85 % des jeunes ont déjà bu de l’alcool (enquête ESCAPAD). Il est important de prendre le temps de discuter, avant les premières consommations entre copains, sans faire de l’alcool un sujet tabou… Ni une consommation banalisée ! “On sait que les jeunes vont être exposés à l’alcool. L’objectif dans le discours de prévention, c’est de dire que le plus tard sera le mieux… Et d’alerter sur les risques”, commente Karine Grouard, psychologue clinicienne de formation, directrice adjointe de l’aide et de la diffusion aux publics à Santé publique France.

“Le système nerveux central finit sa maturité entre 22 et 25 ans. Quand le cerveau est en croissance, il est plus vulnérable aux effets de l’alcool”, relate Catherine Simon, psychiatre à l’hôpital de Morlaix et vice-présidente de l’ANPAA. Des consommations répétées et importantes peuvent avoir un retentissement sur les capacités neurologiques (mémorisation, apprentissage…). En outre, “plus on est exposé jeune, plus le risque d’alcoolo-dépendance est fort”. Il y a aussi les dangers plus immédiats (coma éthylique, accident cardio-vasculaire lorsqu’on mélange boissons énergisantes et substances psychoactives, hypothermie, chute…) et ceux entraînés par un comportement dangereux (accidents de la route, relations sexuelles non protégées…).

“Plus on est jeune, moins on sait comment son corps va réagir. L’alcool peut amener à faire des choses que l’on regrette”, souligne Karine Grouard. Une plaquette de l’ANPAA, à mettre sous les yeux de votre ado, résume les infos essentielles à connaître

Plaquette de prévention de l'Association Nationale de prévention en alcoologie et addictologie

Quelles règles fixer pour assurer la sécurité de votre enfant ?

“Les parents peuvent réfléchir à comment préparer les sorties, en fonction de l’âge et de leurs ados, car tous les jeunes sont différents ! Ils peuvent s’interroger sur le moment où ils autorisent les soirées, avec ou sans adulte ; s’ils autorisent l’alcool ou pas…”, explique Karine Grouard.

En pratique, avant une soirée, il s’agit de discuter ensemble pour limiter les risques (rappeler de ne pas boire trop vite pour ne pas se retrouver en situation de vulnérabilité, organiser le retour…) et encourager votre enfant à se poser des questions sur sa sécurité (qui participe, quelqu’un reste-t-il sobre, y a-t-il un service de sécurité… ?)

“Demander de l’aide sans être jugé”

Il est aussi primordial de “dire aux ados que s’ils ont un souci, quel qu’il soit, ils peuvent venir en parler. Il faut qu’ils se sentent en sécurité pour demander de l’aide si ça ne va pas, sans être jugés”, insiste Catherine Simon. Les signes qui doivent vous alerter sont le “changement de comportement, la baisse des résultats scolaires ou un isolement social”.

En cas d’inquiétude, Karine Grouard rappelle : “Il y a plusieurs types d’aide. N’hésitez pas à en parler en appelant Alcool Info Service. Ou à faire une Consultation jeunes consommateurs, où l’entourage et les jeunes sont reçus. Cela peut être simplement pour faire un point.”

La famille, premier lieu de consommation d’alcool ?

“Selon une étude récente, la première consommation d’alcool a généralement lieu en famille. À ce moment-là, c’est souvent déplaisant”, explique Karine Grouard, psychologue clinicienne. L’enquête ARAMIS mentionne une “double initiation” : une “expérience familiale semi-contrainte (tremper ses lèvres dans un verre pour goûter), suivie d’une “véritable première fois”, entre amis, entre 12 et 16 ans. Karine Grouard note qu’à cet âge, “l’alcool est un moyen d’être ensemble, de faire partie d’un même groupe”. “L’enjeu de sociabilité et la dimension collective déterminent toutes les initiations aux drogues”, lit-on ainsi dans l’enquête ARAMIS.

Plus tard, “le rapport à l’alcool des jeunes peut venir parler de la consommation des parents, ou du rapport du jeune à ses parents. Il peut y avoir une reproduction, ou une recherche d’expérimentation”, observe Catherine Simon, psychiatre à l’hôpital de Morlaix. Elle souligne, qu’en tant que parent, “il faut être cohérent. Si on a une consommation d’alcool tous les week-ends, c’est plus compliqué d’avoir un discours de prévention envers les jeunes”. On peut donc s’interroger sur nos propres usages d’adultes.


Texte : Lucie de la Héronnière 

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Couverture du magazine Phosphore n°469, 1er juillet 2019